Tirer les Cartes — par François Villeneuve | Kardea
François Villeneuve, tarologue
À propos de l'auteur

François Villeneuve

Tarologue · Auteur · Formateur

Juriste de formation, attaché d'ambassade puis top manager dans plusieurs groupes internationaux, François Villeneuve a tout quitté en 2012 pour se consacrer à sa passion : le Tarot de Marseille. Plus de 40 000 consultations en une dizaine d'années, fidèle à la maxime de Saint-Exupéry — « l'essentiel avec l'avenir n'est pas de le prédire, mais de le rendre possible. »

Auteur du Petit Villeneuve, de Comment (bien) tirer le Tarot et du Tarot Villeneuve aux Éditions Exergue. Cofondateur de Kardea et créateur de L'École du Tarot.

Un guide pour débuter

Tirer les cartes : plusieurs univers,
une seule magie

Article de fond · ≈ 12 min de lecture

Quel jeu choisir pour tirer les cartes ?

La question revient toujours. Toujours. Je peux animer un atelier sur le Tarot de Marseille devant trente personnes, expliquer pendant deux heures la symbolique du Bateleur ou du Pendu, parler d'archétypes, d'histoire, de pratique — et au moment des questions, presque immanquablement, une main se lève au fond de la salle : « Et moi, je peux tirer avec un jeu de cartes normal ? Celui qui traîne dans le tiroir de la cuisine ? »

Ou bien c'est une autre version. Quelqu'un me montre un Oracle reçu en cadeau, un jeu de Lenormand acheté sur un coup de tête, un Tarot de Marseille un peu usé qui appartenait à une grand-mère et qui dort dans un tiroir depuis quinze ans. Et la même question revient, à peine reformulée : « Avec ça, ça marche aussi ? »

La question peut paraître naïve, décalée, presque enfantine. Elle ne l'est pas. Elle est même fondatrice. Parce que derrière le choix du jeu se cache une autre question, beaucoup plus profonde, que celui ou celle qui débute n'ose pas toujours poser à voix haute : est-ce que ça marche vraiment, et est-ce que ça marchera pour moi ?

Voilà la vérité que je répète depuis plus de dix ans, après quarante mille consultations et autant de stagiaires accompagnés : ce n'est pas le jeu qui tire les cartes. C'est vous. Le jeu n'est qu'un alphabet. Le tarologue est celui qui apprend à lire. Et entre un jeu de 32 cartes acheté en supermarché, un Oracle illustré tout neuf, un Lenormand allemand du XIXe siècle et un Tarot de Marseille hérité d'une aïeule, il n'y a pas un univers qui marche mieux qu'un autre. Il y a des univers différents, avec des grammaires différentes, mais une seule et même magie qui circule à travers eux : celle de l'intuition mise en dialogue avec une image.

C'est précisément ce que nous allons explorer dans cet article. Nous verrons ce que dit chaque famille de jeux, ce qui se passe vraiment au moment d'un tirage, comment poser la bonne question — parce que tout est là —, et comment réaliser, lire, et surtout comprendre un premier tirage sans tomber dans les pièges classiques du débutant. À la fin, vous saurez tirer les cartes. Pas réciter un livret. Tirer les cartes.


Se faire la main avec un jeu de 32 cartes : à la manière des Bohémiens

Avant le Tarot de Marseille, avant les Oracles illustrés, avant le Lenormand et ses cigognes, il y avait — et il y a toujours — le jeu de 32 cartes. Celui qu'on trouve dans toutes les maisons. Celui avec lequel on joue à la belote le dimanche. Celui que les grands-mères glissaient dans un mouchoir et sortaient au coin de la table, quand le café avait refroidi et que la voisine voulait savoir.

C'est le jeu des Bohémiens. C'est le jeu des Tziganes des routes d'Europe centrale. C'est le jeu des Madames Irma de foire, des cartomanciennes de village, des tireuses de cartes de quartier qui n'ont jamais lu un livre d'ésotérisme de leur vie mais qui voyaient. Et qui voyaient juste, souvent. Parce qu'elles avaient compris l'essentiel : il suffit de très peu pour ouvrir une porte.

Pourquoi 32 cartes, et pas 52 ou 78 ?

Le jeu de 32 cartes, c'est un jeu de 52 dont on a retiré les petites valeurs : on garde, pour chaque couleur, le 7, le 8, le 9, le 10, le Valet, la Dame, le Roi et l'As. Quatre couleurs — Pique, Cœur, Carreau, Trèfle — fois huit cartes, on tombe sur trente-deux. C'est tout. Pas d'arcanes majeurs, pas de symbolique christique, pas de Bateleur ni de Pendu. Juste des chiffres et des figures.

Et c'est précisément là que réside sa force pour un débutant. Trente-deux cartes, c'est peu. Très peu. Vous pouvez en apprendre la signification de base en une après-midi. Vous pouvez commencer à tirer le soir même. Là où le Tarot de Marseille demande des mois pour entrer dans la symbolique des soixante-dix-huit lames, le jeu de 32 vous laisse une chance d'être opérationnel avant la fin de la semaine.

C'est un alphabet réduit. Mais avec un alphabet réduit, on peut déjà écrire des phrases. Et les Bohémiens, eux, écrivaient des romans entiers.

La grammaire des quatre couleurs

Tout part des quatre couleurs. Et chaque couleur raconte une zone précise de la vie.

Le Cœur parle d'amour, de famille, d'affection, de relations sentimentales. C'est la couleur des sentiments, du foyer, des liens qui réchauffent.

Le Carreau parle d'argent, de travail, de nouvelles, de mouvement. C'est la couleur du concret, du matériel, des projets qui prennent forme, des lettres qui arrivent.

Le Trèfle parle de chance, de réussite, de soutien, d'amitié. C'est la couleur des coups de pouce, des opportunités, des appuis qu'on trouve sur sa route.

Le Pique parle de difficultés, d'obstacles, de soucis, de tensions. C'est la couleur qu'on n'aime pas voir tomber, mais qui ne ment jamais : elle signale ce qui pèse, ce qui résiste, ce qui demande à être regardé en face.

Apprenez ces quatre familles, et vous avez déjà la moitié du travail. Une dominante de Cœurs dans un tirage, c'est une histoire d'amour qui parle. Une dominante de Piques, c'est une période qui gratte. Une dominante de Carreaux, c'est l'argent ou le travail qui occupe le devant de la scène. Et une dominante de Trèfles, c'est le ciel qui s'éclaircit.

Les figures : des personnages, pas des concepts

Les Valets, Dames et Rois ne sont pas des abstractions. Ce sont des gens. Des personnes réelles, autour du consultant, ou le consultant lui-même.

Le Roi, c'est un homme mûr, en position d'autorité ou de responsabilité — un père, un patron, un mari, un homme qui compte.

La Dame, c'est une femme du même registre — une mère, une compagne, une amie de poids, une femme influente dans la vie du consultant.

Le Valet, c'est un jeune. Un homme jeune, ou parfois une nouvelle, un message, quelqu'un qui arrive.

Et la couleur de la figure donne sa tonalité : un Roi de Cœur, c'est un homme aimant ; un Roi de Pique, c'est un homme dur ou contrariant ; une Dame de Carreau, c'est une femme dans le travail ou l'argent ; un Valet de Trèfle, c'est un jeune qui apporte une bonne nouvelle.

Vous voyez ? On raconte déjà une histoire. Sans rien réciter. Juste en regardant qui est là.

Pourquoi commencer par là, vraiment

Je vais être direct. Beaucoup de débutants se précipitent sur le Tarot de Marseille parce qu'il a l'aura, l'ancienneté, la noblesse. Et ils se cassent les dents. Ils ouvrent le livret, voient les soixante-dix-huit lames, lisent trois pages sur le Mat, ferment le livret, et le jeu retourne dans le tiroir. Vaincus avant d'avoir commencé.

Le jeu de 32 ne fait pas peur. C'est le jeu qu'on connaît déjà. Vous savez ce qu'est un Roi de Cœur — vous l'avez vu mille fois à la belote. Cette familiarité n'est pas un défaut, c'est un atout. Elle libère l'intuition. Vous ne perdez pas votre énergie à déchiffrer une iconographie : vous l'investissez directement dans la lecture.

Et puis il y a la lignée. Tirer le 32, c'est entrer dans une tradition orale, populaire, qui n'a jamais eu besoin de la légitimité des livres. Les Tziganes ne lisaient pas Papus. Les Madames Irma ne citaient pas Jodorowsky. Elles tiraient, elles parlaient, et ça tombait juste. Parce qu'elles avaient compris que le secret n'est pas dans le jeu — il est dans la voix qui le lit.

Faites-vous la main avec ces trente-deux cartes pendant quelques semaines. Tirez-en une par jour, le matin, pour voir la tonalité du jour. Tirez-en trois pour une question simple. Observez ce qui revient, ce qui se confirme. Vous verrez : très vite, le jeu commencera à parler. Et quand il parlera, vous serez prêt pour la suite.

Conférence ce jeudi 14 mai à 21h

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Les Oracles : la liberté en images

Si le jeu de 32 est la grand-mère populaire qui tire en silence au coin de la table, l'Oracle, lui, est son arrière-petite-fille moderne. Coloré, illustré, souvent magnifique, parfois bavard, toujours accessible. C'est probablement aujourd'hui la porte d'entrée la plus fréquente dans le monde des cartes — et pour de très bonnes raisons.

Mais c'est aussi celle qui mérite qu'on prenne le temps de comprendre ce qu'on a entre les mains. Parce que sous le mot Oracle, on range en réalité une infinité d'objets très différents les uns des autres.

Qu'est-ce qu'un Oracle, au juste ?

Un Oracle, c'est un jeu de cartes qui ne suit aucune règle fixe. Pas de structure imposée comme dans le Tarot de Marseille, pas de quatre couleurs comme dans le 32. Chaque créateur d'Oracle invente son propre univers, son propre nombre de cartes — vingt-deux, trente-six, quarante-deux, cinquante-deux, peu importe —, sa propre symbolique, ses propres clés de lecture.

L'Oracle de Belline, par exemple, compte cinquante-deux cartes héritées d'un médium parisien du XIXe siècle, organisées en sept familles planétaires. L'Oracle de Gé en compte soixante-et-une, avec des images très narratives. La Voix des Âmes d'Isabelle Cerf en propose quarante-deux, orientées vers la connexion intuitive et médiumnique. Et puis il y a tout le reste — des centaines de jeux, créés par des artistes, des thérapeutes, des passionnés, des éditeurs spécialisés ou des illustrateurs indépendants.

Cette liberté formelle, c'est à la fois la grande force et la grande faiblesse des Oracles.

La force : une image qui parle d'elle-même

L'Oracle a un avantage immédiat sur n'importe quel autre jeu : il vous parle directement. Pas besoin d'apprendre que le 10 de Pique signifie tristesse ou que le Pendu invite au lâcher-prise. La carte porte généralement un mot-clé, un titre, parfois une phrase entière. Renaissance. Patience. Coup de cœur. Trahison. Voyage. Famille. L'image renforce le mot, le mot ancre l'image, et la signification se dépose en vous presque sans effort.

C'est pour ça que je recommande souvent un Oracle aux personnes qui découvrent les cartes et qui sentent une appréhension. L'Oracle désamorce la peur de mal faire. Il vous prend par la main. Vous tirez une carte, vous lisez le mot, vous regardez le dessin, et quelque chose se met en mouvement — une association, un souvenir, une évidence qui monte. Le livret, fourni avec le jeu, vient confirmer ou nuancer ce que vous aviez déjà perçu.

Prenons un exemple concret. Dans La Voix des Âmes, ce que je trouve intéressant, c'est que les illustrations sont sobres, lisibles, fortes, que les messages sont clairs, et que chaque carte ouvre sur trois niveaux de lecture — l'âme, les guides, les âmes de l'autre côté —, ce qui laisse de la place à l'interprétation sans étouffer le tirage. Il y a même dix cartes dites spéciales dans le jeu, conçues pour vous pousser à fermer le livret et à faire confiance à ce que vous ressentez. C'est exactement ce qu'un Oracle bien pensé doit faire : vous éduquer à votre propre intuition au lieu de vous rendre dépendant d'un guide papier.

Et c'est précisément ce mouvement-là qu'il faut apprendre à reconnaître. Parce que ce qui se passe entre vous et la carte avant même d'avoir ouvert le livret, c'est l'intuition qui parle. C'est ça, tirer les cartes. Pas réciter le livret. Sentir d'abord, vérifier ensuite.

La faiblesse : le piège du jeu trop doux

Maintenant, la contrepartie. Beaucoup d'Oracles modernes, surtout ceux qui inondent les rayons depuis dix ans, ont fait un choix éditorial : ne plus parler de ce qui fâche. Plus de cartes négatives. Plus de cartes franchement difficiles. Que des messages bienveillants, des invitations, des encouragements, des tu es prête, des fais-toi confiance, des l'univers t'accompagne.

C'est touchant. C'est apaisant. Mais ce n'est pas tirer les cartes. C'est se faire câliner par un jeu.

Or la vie, elle, n'est pas faite que de cartes douces. Il y a des deuils, des trahisons, des échecs, des erreurs, des phases qu'on traverse en serrant les dents. Un jeu qui ne sait dire que du bien est un jeu qui ne sait pas dire la vérité. Et tirer les cartes, fondamentalement, c'est accepter qu'on va peut-être entendre quelque chose qu'on ne voulait pas entendre. C'est même tout l'intérêt de la démarche.

Choisissez donc bien votre Oracle. Regardez les cartes une par une avant d'acheter, si vous le pouvez. Demandez-vous : est-ce que ce jeu peut me dire non ? Est-ce qu'il peut me signaler un obstacle, une rupture, une perte ? S'il ne le peut pas, vous aurez un beau jeu décoratif, mais pas un outil divinatoire.


L'OVNI : le Petit Lenormand

Et puis il y a le Lenormand. L'objet non identifié. Le jeu dont presque personne ne parle dans les soirées tarot en France, et qui pourtant déchaîne les passions de l'autre côté du Rhin, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique flamande, où il est considéré depuis deux siècles comme l'outil divinatoire le plus précis, le plus terre-à-terre, le plus implacable.

Quand j'en parle en formation, je vois deux réactions. Soit les yeux qui s'écarquillent — « C'est quoi ce truc, je n'en avais jamais entendu parler » —, soit le hochement de tête complice de la personne qui en possède un et qui sait qu'elle tient un trésor un peu confidentiel. Il n'y a pas de demi-mesure avec le Lenormand. Soit on l'ignore, soit on l'aime.

Trente-six cartes, et une logique radicalement différente

Le Petit Lenormand, c'est trente-six cartes. Pas soixante-dix-huit, pas cinquante-deux, pas quarante-deux. Trente-six. Et chaque carte porte un nom simple, presque enfantin dans sa concision. La Maison. Le Bouquet. Le Cercueil. La Lettre. Le Cavalier. Les Clefs. Le Renard. Le Bateau. Le Cœur. L'Ancre. Trente-six objets, animaux, situations du quotidien, alignés comme un petit théâtre de la vie ordinaire.

Pas de Bateleur. Pas de Pendu. Pas d'Hermite qui éclaire la nuit avec sa lanterne. Pas d'archétypes jungiens, pas de symbolique alchimique, pas de couches ésotériques empilées les unes sur les autres. Juste des choses. Des choses que tout le monde reconnaît immédiatement. Une lettre, c'est une lettre. Un cercueil, c'est une fin. Une clef, c'est ce qui ouvre. Un renard, c'est ce qui ruse.

Cette simplicité apparente est la première chose qui désarçonne. Beaucoup de tarologues, habitués à la profondeur symbolique du Marseille ou du Rider-Waite, regardent un Lenormand et se disent : « Mais où est la magie ? Où est le mystère ? » Et c'est précisément là que le malentendu commence.

La magie du Lenormand n'est pas dans la carte, elle est dans la combinaison

Voilà le secret. Le Lenormand n'est pas un jeu où l'on tire une carte et où l'on cherche sa signification profonde. C'est un jeu où l'on tire plusieurs cartes côte à côte, et où le sens naît de la combinaison.

Une Maison, seule, c'est une maison. Mais la Maison + le Cercueil, c'est une perte au foyer. La Maison + le Bouquet, c'est une joie familiale. La Maison + le Renard, c'est une trahison à l'intérieur du cercle proche. La Maison + la Lettre, c'est un document important qui concerne le foyer — un acte de propriété, un courrier officiel, une nouvelle qui arrive chez soi.

Vous voyez le mécanisme ? Le Lenormand fonctionne comme une langue. Chaque carte est un mot, et c'est la phrase — l'enchaînement de deux, trois, cinq, neuf cartes — qui produit le sens. On lit le Lenormand comme on lit un télégramme : sec, direct, factuel, sans fioritures. Et c'est cette précision presque chirurgicale qui en fait, pour ses adeptes, l'un des outils les plus redoutables de la divination occidentale.

Là où le Tarot vous propose une méditation, le Lenormand vous donne une information. Là où l'Oracle vous prend la main, le Lenormand vous tape sur l'épaule pour vous dire : « Voilà ce qui se passe. Voilà ce qui arrive. Fais-en ce que tu veux. » C'est un outil de pronostic plus que de guidance. Et c'est précisément pour cela qu'il a survécu deux siècles dans les cuisines flamandes et les arrière-boutiques berlinoises, là où on ne demandait pas aux cartes de vous faire du bien — on leur demandait de dire le vrai.

D'où vient ce jeu étrange ?

Le Lenormand doit son nom à Marie-Anne Lenormand, célèbre cartomancienne parisienne de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, consultée — dit-on — par Joséphine de Beauharnais, Robespierre et bien d'autres figures de son temps. La légende veut qu'elle ait tiré les cartes pour Napoléon lui-même.

Curieusement, le jeu qui porte son nom n'a probablement pas été créé par elle. Le Petit Lenormand tel qu'on le connaît aujourd'hui — ces trente-six cartes illustrées de petites scènes naïves, surmontées chacune d'une carte à jouer miniature — a été édité en Allemagne quelques années après sa mort, dans les années 1840, sous le titre Spiel der Hoffnung, « le Jeu de l'Espérance ». Les éditeurs ont repris son nom pour la notoriété. Ce qui n'enlève rien à la puissance du jeu lui-même.

Et c'est en Allemagne que le Lenormand a vraiment trouvé son public, sa tradition, ses lignées de cartomanciennes qui se sont transmis les combinaisons de mère en fille pendant plus d'un siècle. Quand on tire le Lenormand aujourd'hui, on entre dans cette tradition-là : populaire, féminine, transmise oralement, fondée sur l'expérience plutôt que sur la théorie. C'est un Tarot des cuisines, pas un Tarot des bibliothèques. Et c'est ce qui fait son charme.

Faut-il commencer par le Lenormand ?

Je vais être honnête. Pour la plupart des débutants, je dirais : non, pas en premier. Pas parce que le Lenormand serait trop difficile — il est en réalité d'un abord assez direct, plus direct même que le Tarot —, mais parce que sa logique combinatoire est très particulière, et qu'elle peut désarçonner quelqu'un qui n'a jamais tiré une carte de sa vie.

Le Lenormand ne tolère pas vraiment qu'on tire une seule carte. Une carte seule ne dit presque rien. Il faut tirer une ligne — trois, cinq, sept, neuf cartes alignées — et apprendre à les lire de proche en proche, en cherchant les paires, les voisinages, les renforcements et les contradictions. C'est un apprentissage à part entière, qui demande un peu de méthode et beaucoup de pratique.

En revanche, si vous avez déjà commencé avec un jeu de 32, un Oracle ou un Rider-Waite, et que vous sentez l'envie d'aller chercher quelque chose de plus tranchant, de plus prédictif, de plus factuel — alors oui, mille fois oui, ouvrez la porte du Lenormand. Vous découvrirez un univers entier qui se cache derrière trente-six cartes apparemment modestes. Vous apprendrez à lire des situations entières d'un seul regard, comme on lit un paysage. Et vous comprendrez pourquoi tant de tarologues, après avoir exploré le Tarot dans toutes ses dimensions, finissent par garder un Petit Lenormand à portée de main pour les questions où il faut une réponse claire et rapide.

C'est l'OVNI du paysage des cartes. Discret, méconnu, presque secret. Et redoutablement efficace.

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Tirer le Tarot Rider-Waite : quand le Tarot devient enfin lisible

Il faut dire les choses honnêtement : le Tarot fait peur. Pas seulement aux profanes, pas seulement à ceux qui n'ont jamais ouvert un jeu. Il fait peur aussi à beaucoup de débutants qui ont voulu s'y mettre, qui ont acheté un beau coffret, et qui l'ont refermé au bout de trois jours, vaincus par la complexité du chantier qui s'ouvrait devant eux.

Je le vois en formation, presque chaque semaine. Quelqu'un arrive avec un Tarot de Marseille flambant neuf, encore sous cellophane parfois, et m'avoue dans un soupir : « Je l'ai depuis six mois, je n'ai jamais réussi à m'en servir. » C'est une scène classique. Et elle n'est pas due à un manque d'intelligence ni à un manque de motivation. Elle est due à l'objet lui-même.

Pourquoi le Tarot classique intimide

Le Tarot de Marseille, dans sa forme historique, est un monument. Soixante-dix-huit lames, vingt-deux arcanes majeurs et cinquante-six arcanes mineurs, une iconographie issue du XVe siècle, des symboles alchimiques, des codes couleurs, des numérologies, des correspondances kabbalistiques pour qui veut creuser. C'est beau. C'est profond. C'est aussi, pour un débutant, parfaitement décourageant.

Et il y a un détail qui aggrave tout le reste : dans le Tarot de Marseille traditionnel, les arcanes mineurs ne sont pas illustrés. Le Six de Bâton, c'est six bâtons. Le Sept de Coupe, c'est sept coupes. Pas de scène, pas de personnage, pas de petite histoire qui se raconte d'elle-même. Juste un motif géométrique, parfois agrémenté d'une fleur, et l'injonction implicite de connaître par cœur la signification que la tradition a fini par y déposer.

Pour qui maîtrise la symbolique des nombres et des éléments, c'est merveilleux. C'est même là que se loge la profondeur de l'outil. Mais pour qui débute, c'est un mur. Un mur de cinquante-six cartes muettes qu'il faut apprendre une par une, sans la béquille d'une image qui raconte.

L'iconographie médiévale des arcanes majeurs, elle aussi, peut déranger l'œil contemporain. Le Pendu suspendu par le pied, la Mort fauchant des têtes coupées, le Diable enchaînant ses créatures, la Maison Dieu foudroyée — ces images sont puissantes, mais elles parlent une langue visuelle vieille de cinq siècles. Elles supposent qu'on accepte d'y entrer, qu'on ait le temps, l'envie, la patience. Beaucoup de débutants n'ont pas ce temps. Et c'est légitime.

L'arrivée du Rider-Waite : la révolution silencieuse

C'est précisément le problème qu'a voulu résoudre Arthur Edward Waite, un occultiste britannique du début du XXe siècle, quand il a confié à l'artiste Pamela Colman Smith la création d'un nouveau Tarot. Publié en 1909 à Londres par l'éditeur Rider, ce jeu — désormais connu sous le nom de Rider-Waite-Smith, ou plus simplement Rider-Waite — a opéré une transformation discrète mais décisive dans l'histoire des cartes.

La transformation tient en une phrase : Pamela Colman Smith a illustré les cinquante-six arcanes mineurs. Chaque carte, désormais, montre une scène. Le Trois de Coupe, ce n'est plus seulement trois coupes : ce sont trois jeunes femmes qui lèvent leurs verres dans une joie partagée. Le Cinq de Deniers, ce n'est plus cinq pièces : c'est un couple miséreux qui passe sous un vitrail dans la neige. Le Dix d'Épées, ce n'est plus dix épées : c'est un homme effondré, poignardé dans le dos par les dix lames de sa propre histoire.

Vous voyez la différence ? L'arcane mineur du Rider-Waite ne demande plus qu'on connaisse la tradition pour parler. Il parle de lui-même. L'image raconte, et le débutant peut entrer. C'est une porte qui s'ouvre, là où le Marseille demandait qu'on apprenne d'abord à fabriquer la clé.

Pourquoi je le recommande aux débutants qui veulent du Tarot

Beaucoup de tarologues français, par tradition, vous diront que le vrai Tarot c'est le Marseille, et que le reste est de l'à-peu-près. Je respecte cette position. Mais je ne la partage pas, ou plus exactement, je ne la partage pas pour quelqu'un qui débute.

Voici pourquoi. Quand un débutant tire un Rider-Waite, il n'est pas seul face à un mur. Il est seul face à une histoire. Une histoire qu'il peut lire, ressentir, raconter à voix haute avant même d'avoir consulté un livret. Et cette lecture intuitive de l'image, ce premier réflexe narratif, c'est exactement le geste que tout tarologue doit apprendre. Le Rider-Waite enseigne ce geste presque tout seul, simplement parce que ses cartes sont parlantes.

Et il y a un autre avantage, plus discret mais essentiel. La majorité de la littérature mondiale sur le Tarot — livres, formations, vidéos, articles, applications — est aujourd'hui construite sur l'iconographie du Rider-Waite. C'est devenu le standard international. Apprendre le Rider-Waite, c'est ouvrir l'accès à une bibliothèque immense de ressources, contre une bibliothèque francophone certes belle mais beaucoup plus restreinte autour du Marseille.

Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer au Marseille. Cela veut dire qu'il y a peut-être un ordre intelligent dans l'apprentissage. Commencer par le Rider-Waite, apprivoiser la grammaire du Tarot avec un jeu qui parle, puis, plus tard, quand l'œil est formé et l'intuition affermie, revenir vers le Marseille pour en goûter la profondeur. Beaucoup de tarologues professionnels ont fait ce chemin. Ils ne le regrettent pas.

Les Tarots modernes : la porte grande ouverte

Et puis il faut le dire : depuis vingt ans, le paysage du Tarot a explosé. Des dizaines, des centaines de Tarots modernes sont apparus, presque tous construits sur la structure du Rider-Waite — soixante-dix-huit lames, quatre couleurs d'arcanes mineurs, arcanes mineurs illustrés —, mais avec des univers visuels totalement renouvelés.

Vous trouvez aujourd'hui des Tarots inspirés de la nature, de la mythologie celtique, du féminin sacré, de l'art déco, de la science-fiction, de l'aquarelle douce, du noir et blanc, du collage contemporain. Certains sont sublimes. D'autres sont anecdotiques. Mais tous partagent ce point commun : ils ont compris qu'une carte qui raconte est une carte qui peut être lue.

Cette modernisation iconographique n'est pas une trahison du Tarot. C'est, à mon sens, sa continuation logique. Le Tarot de Marseille lui-même, au XVIe siècle, était une modernisation des tarots italiens qui l'avaient précédé. Chaque époque a le droit de redessiner les images qui l'accompagnent, pourvu que la grammaire profonde — la structure des soixante-dix-huit lames, le dialogue entre majeurs et mineurs, la richesse symbolique des quatre éléments — soit respectée. Et c'est très majoritairement le cas.

Alors si vous voulez vous mettre au Tarot mais que le Marseille vous intimide, ne vous forcez pas. Prenez un Rider-Waite, ou un de ses descendants modernes qui vous parle vraiment. Tirez vos premières cartes en regardant les images, en les laissant raconter. Le Tarot n'a jamais été un examen d'entrée. C'est une conversation. Et toute conversation commence dans la langue qu'on comprend.


Plusieurs univers, une seule magie

Vous voyez le paysage maintenant. Vous l'avez sous les yeux.

Le jeu de 32 et ses quatre couleurs hérités de la rue, des roulottes, des grands-mères. Les Oracles et leur explosion d'images, leur foisonnement contemporain, leur invitation directe à l'intuition. Le Lenormand et sa logique combinatoire, son tranchant, son refus poli de la fioriture. Le Rider-Waite et ses arcanes mineurs enfin parlants, et tous les Tarots modernes qui en descendent et qui ouvrent grand la porte d'un univers qu'on croyait réservé aux initiés.

Quatre familles. Quatre grammaires. Quatre voix.

Mais une seule et même magie. Toujours la même. Celle qui se produit, à chaque tirage, dans ce moment minuscule où votre main touche les cartes, où votre regard se pose sur la première image retournée, et où quelque chose en vous — appelez-le intuition, appelez-le inconscient, appelez-le âme, peu importe le mot — sait déjà ce que la carte est en train de dire.

C'est cette magie-là qui ne dépend pas du jeu. Elle dépend de vous. De votre disponibilité, de votre honnêteté, de votre courage à entendre ce que les cartes vous diront. Le jeu n'est qu'un instrument. Comme une guitare. Vous pouvez jouer du blues sur une guitare classique, du flamenco sur une folk, du rock sur une douze-cordes. L'instrument colore le son, oriente le geste — mais c'est le musicien qui fait la musique.

Alors choisissez le jeu qui vous appelle. Celui que vous prendrez en main avec plaisir, celui dont les images vous parlent, celui que vous aurez envie de toucher tous les jours. Si c'est un vieux jeu de 32 récupéré dans un tiroir, parfait. Si c'est un Oracle moderne aux couleurs vives, parfait. Si c'est un Lenormand chiné chez un bouquiniste, parfait. Si c'est un Rider-Waite tout neuf encore odorant d'encre, parfait. Aucun ne vaut moins qu'un autre. Aucun n'est plus vrai qu'un autre.

Et commencez. C'est tout. Tirez votre première carte ce soir. Tirez-en trois demain matin. Faites-vous la main, faites-vous l'œil, faites-vous l'intuition. Les cartes ne demandent qu'à parler. Il faut juste accepter de les écouter.

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