Voyance — pourquoi cherche-t-on à savoir ? | par François Villeneuve
Article de fond · Épisode 1

Voyance :
pourquoi cherche-t-on
à savoir ?

Une plongée dans l'une des plus vieilles pratiques de l'humanité. Aux origines, dans toutes les civilisations, et jusqu'à aujourd'hui.

✦   ✦   ✦

Voyance : pourquoi cherche-t-on à savoir ?

Il y a une question que je pose parfois, au début d'une formation, à des gens qui n'ont jamais touché une carte de leur vie. Une question toute simple. Levez la main si vous avez déjà, au moins une fois, voulu savoir ce qui allait vous arriver.

Toutes les mains se lèvent. Sans exception. Toujours.

Je pose la question suivante. Levez la main si, au moins une fois dans votre vie, vous avez consulté quelque chose ou quelqu'un pour essayer de le savoir. Une voyante, un astrologue, un tarologue, un horoscope dans un magazine, un test idiot sur internet, une pièce de monnaie qu'on lance, une étoile filante à laquelle on a fait un vœu.

Là encore, presque toutes les mains se lèvent. Parfois timidement. Parfois à moitié. Parfois en riant, comme pour s'excuser. Mais elles se lèvent.

Voilà. C'est tout. C'est exactement de cela que va parler cet article. De cette chose étrange, universelle, immémoriale, dont nous avons fait quelque chose d'un peu honteux, d'un peu folklorique, d'un peu réservé aux soirs de pleine lune ou aux moments de détresse, mais qui, en réalité, traverse l'humanité entière depuis qu'elle existe.

La voyance n'est pas une mode New Age. Elle n'est pas une lubie de notre époque en mal de spiritualité. Elle n'est pas non plus une survivance pittoresque qu'on aurait dû laisser au Moyen Âge avec les sorcières et les alchimistes. Elle est l'une des pratiques les plus anciennes, les plus universelles et les plus continues de l'histoire humaine. On en trouve la trace dans toutes les civilisations connues. Sur tous les continents. À toutes les époques. Chez les chasseurs préhistoriques qui lisaient les viscères des bêtes qu'ils venaient d'abattre. Chez les rois de Babylone qui ne décidaient pas d'une guerre sans consulter les augures. Chez les empereurs chinois qui jetaient les baguettes du Yi King avant de bâtir une ville. Chez les Grecs qui montaient en pèlerinage à Delphes pour entendre la Pythie. Chez les Romains qui regardaient le vol des oiseaux avant les batailles. Chez les chamanes sibériens, les devins africains, les druides celtes, les diseuses de bonne aventure des routes d'Europe.

Et chez nous. Aujourd'hui. Plus que jamais.

Cet article ne va pas vous dire si la voyance fonctionne ou non. Ce débat-là, je le laisse à d'autres. Il va plutôt poser une question que personne ne pose vraiment : pourquoi, depuis que l'humanité existe, l'homme cherche-t-il à savoir ce qui va arriver ? Qu'est-ce que cette quête raconte de nous ? Comment cette pratique a-t-elle traversé les siècles, les continents, les religions, les révolutions scientifiques ? Pourquoi est-elle revenue avec autant de force au XIXe siècle, après que les Lumières aient cru l'avoir enterrée ? Et pourquoi, aujourd'hui, dans une France qu'on dit ultra-rationnelle, des millions de personnes consultent encore, en silence, presque honteusement, mais sans jamais arrêter ?

Voilà ce que nous allons regarder ensemble. Avec sérieux. Sans condescendance, ni dans un sens ni dans l'autre. Parce que cette histoire de gens qui veulent savoir, c'est aussi, et avant tout, l'histoire de l'humanité.


— Consultation personnelle

Une question qui vous suit ?
Posons-la ensemble.

Avant de continuer la lecture, sachez que vous pouvez prendre rendez-vous avec moi pour une consultation personnelle, en visio ou par téléphone.

Prendre RDV avec François

I. Aux origines : la voyance est aussi vieille que l'humanité

Si vous demandez à un anthropologue à partir de quand l'homme a commencé à pratiquer la divination, il vous fera une réponse qui peut sembler étrange. Il vous dira qu'il est probable que cette pratique soit aussi ancienne que la pensée symbolique elle-même. Autrement dit, qu'elle remonte aux tout premiers humains capables de se représenter le monde, de raconter, de croire. Avant l'écriture. Avant l'agriculture. Avant les villes. Avant les religions organisées telles que nous les connaissons.

Cela peut paraître excessif. Ce ne l'est pas. Voici pourquoi.

Lire les entrailles, lire les os, lire le ciel

Sur les sites archéologiques les plus anciens, on retrouve régulièrement des objets qui n'ont aucune fonction utilitaire évidente. Des osselets gravés, des coquillages percés disposés en cercle, des galets peints avec des motifs répétés. Pendant longtemps, on a pensé qu'il s'agissait de jeux, de parures, ou simplement d'objets décoratifs. Les recherches récentes en archéologie cognitive donnent une autre lecture. Ces objets étaient probablement utilisés pour tirer des sorts, interroger des forces invisibles, prendre des décisions collectives qui dépassaient les compétences du groupe.

Quand un clan préhistorique devait décider si la chasse partirait vers le nord ou vers le sud, comment trancher ? Sur quel critère ? Quand deux options se valaient en apparence, quand l'expérience ne suffisait plus, on s'en remettait à autre chose. Au hasard ritualisé. À un signe demandé aux puissances qui régissaient le monde. Et ce signe, on le lisait dans le vol d'un oiseau, dans la forme d'un nuage, dans la position où retombaient des bâtons jetés en l'air, dans les craquelures d'un os passé au feu.

Cette dernière technique, qu'on appelle l'ostéomancie, est probablement la plus ancienne forme de divination documentée. Elle est attestée en Chine néolithique dès le quatrième millénaire avant notre ère, où l'on chauffait des omoplates de bœuf ou des plastrons de tortue jusqu'à ce qu'elles se fendent. Les fissures dessinaient des motifs que des spécialistes interprétaient comme des réponses à des questions précises. La récolte sera-t-elle bonne ? Faut-il attaquer le royaume voisin ? Le prince à naître sera-t-il un fils ? Les premiers caractères de l'écriture chinoise sont apparus sur ces os divinatoires, gravés à côté des fissures pour consigner la question posée et la réponse reçue. Autrement dit, l'écriture chinoise, l'une des plus anciennes du monde, est née directement de la pratique divinatoire. Posez-vous une seconde sur cette idée. L'écriture, cette invention que nous associons spontanément à la raison, à l'administration, au droit, est née pour conserver la mémoire des oracles.

Mésopotamie : l'État divinatoire

Au troisième millénaire avant notre ère, dans les royaumes de Sumer et d'Akkad, la divination devient une affaire d'État. Le roi ne décide rien d'important sans consulter ses devins. Construire un temple, marier sa fille, lever une armée, signer un traité, tout passe par l'interprétation des signes. Et les techniques se sophistiquent à un point que nous avons du mal à imaginer aujourd'hui.

Les Babyloniens étaient passés maîtres dans l'art de l'hépatoscopie, la lecture du foie des animaux sacrifiés. Pas n'importe comment. Pas à la louche. Le foie était considéré comme le siège de la vie, le miroir de l'univers en miniature. Il était divisé en zones, en quadrants, en signes. Chaque irrégularité, chaque tache, chaque sillon avait une signification codifiée, consignée dans des tablettes que les prêtres divinatoires apprenaient par cœur pendant des années. Nous avons retrouvé des modèles de foies en terre cuite, grandeur nature, sur lesquels les apprentis devins s'entraînaient. C'est un des plus anciens manuels d'enseignement professionnel jamais découverts.

À cela s'ajoutait l'astrologie, dont la Mésopotamie est probablement le berceau. Les Babyloniens ont été les premiers à cartographier méthodiquement le ciel, à noter les mouvements des planètes, à établir des corrélations entre les phénomènes célestes et les événements terrestres. Toutes les astrologies du monde, depuis la grecque jusqu'à la chinoise en passant par l'indienne, doivent quelque chose à cette tradition mésopotamienne. Et ne l'oublions pas, l'astronomie comme science est née directement de cette pratique. Avant d'être savants, les premiers astronomes étaient des devins.

L'Égypte, la Grèce, Rome

En Égypte, la divination est inséparable de la religion. Les prêtres interrogent les dieux à travers des oracles rendus par les statues, qui hochent la tête ou donnent des signes via des mécanismes connus des seuls initiés. Les pharaons consultent avant chaque décision majeure. Les songes sont notés, analysés, interprétés. Joseph dans la Bible, qui interprète les rêves de Pharaon, n'est pas un personnage isolé. Il s'inscrit dans une tradition millénaire de spécialistes du songe qui constituent une véritable caste.

Mais c'est en Grèce que la divination atteint son apogée institutionnelle, avec les grands oracles. Delphes, bien sûr, où la Pythie, prêtresse d'Apollon, rendait des oracles ambigus que les puissants venaient consulter de toute la Méditerranée. Mais aussi Dodone, où l'on interprétait le bruissement des feuilles de chêne. Trophonios, en Béotie, où l'on descendait dans une grotte sacrée pour recevoir une vision. Claros, Didymes, Olympie. La Grèce antique était couverte de sanctuaires oraculaires, et aucun général athénien, aucun roi spartiate, aucun tyran de Syracuse ne déclenchait une guerre sans avoir d'abord consulté.

À Rome, on franchit encore une étape. La divination devient une fonction publique officielle, intégrée à la magistrature. Les augures, qui interprètent le vol des oiseaux, sont des fonctionnaires d'État. Les haruspices, hérités des Étrusques, lisent les entrailles des animaux sacrifiés lors des cérémonies officielles. Le Sénat ne se réunit pas sans qu'on ait pris les auspices. César lui-même, ce militaire rationnel, ce stratège froid, refuse de traverser le Rubicon sans avoir consulté. Et quand, dit la tradition, il décide de braver les présages le jour de son assassinat, c'est précisément parce qu'il a méprisé l'avertissement divinatoire qu'il meurt poignardé.

Ce que cela nous dit

Arrêtons-nous une seconde. Reculons. Regardons l'ensemble.

Sur tous les continents, à toutes les époques, dans toutes les civilisations majeures que l'humanité a produites, la divination n'est pas une pratique marginale. Elle est centrale. Elle structure les décisions politiques, les choix militaires, les alliances matrimoniales, l'organisation religieuse, la transmission du pouvoir. Elle mobilise des spécialistes formés pendant des années, des temples, des textes, des écoles. Elle produit de l'écriture, de l'astronomie, de la médecine, du droit. Elle n'est pas un à-côté du monde antique. Elle est l'un de ses fondements.

Cela ne dit rien, en soi, de la véracité de la voyance. Mais cela dit énormément du besoin humain auquel elle répond. Si une pratique traverse autant de cultures, autant de siècles, autant de niveaux de civilisation, c'est qu'elle remplit une fonction qui ne s'épuise pas avec le progrès matériel. Elle répond à quelque chose de profond, de structurel, qu'aucune sophistication technique ne semble jamais réussir à effacer complètement.

Ce quelque chose, nous allons essayer de le nommer plus loin. Mais avant, il faut faire un peu de ménage dans le vocabulaire. Parce que sous le mot voyance, on range en réalité plusieurs pratiques très différentes que la confusion moderne mélange tout le temps.


— Échange direct

Vous voulez en parler
de vive voix ?

Les grands textes éclairent, mais rien ne remplace une conversation directe sur ce qui vous traverse vraiment en ce moment.

Prendre RDV avec François

II. Voyance, divination, médiumnité, oracles : remettons les mots à leur place

Quand quelqu'un me dit qu'il a consulté une voyante, je sais une chose. C'est qu'il y a au moins quatre pratiques très différentes qui peuvent se cacher derrière cette phrase, et que neuf fois sur dix il n'en a aucune idée. Pas par bêtise. Par flou du vocabulaire courant. Sous le mot voyance, le langage du quotidien range en réalité un sac entier de pratiques qui ne reposent pas du tout sur les mêmes principes, qui ne produisent pas du tout les mêmes informations, et qui ne demandent pas du tout les mêmes compétences.

Je ne fais pas ce point pour pinailler. Je le fais parce que tant qu'on ne distingue pas ces choses-là, on ne comprend rien à ce qui se joue quand on consulte. On finit par croire que tout est pareil, que toutes les pratiques se valent, que toutes les personnes qui exercent dans ce champ font le même métier. Or c'est faux. Et c'est précisément cette confusion qui entretient à la fois les fantasmes et le mépris dont la voyance fait l'objet.

Alors faisons le ménage. Quatre mots, quatre pratiques.

La voyance

Au sens strict, la voyance est la capacité de percevoir des informations qui ne sont pas accessibles par les cinq sens ordinaires. Voir ce qui ne peut pas être vu. Le passé d'une personne qu'on rencontre pour la première fois, un événement à distance, un fait à venir. La voyante reçoit, en quelque sorte. Elle capte. Elle n'utilise pas nécessairement de support. Pas de cartes, pas de boule de cristal, pas de marc de café. L'information lui vient directement, sous forme d'images mentales, d'intuitions soudaines, de phrases qui s'imposent à elle sans qu'elle sache pourquoi.

C'est une pratique qui repose entièrement sur la sensibilité de la personne qui exerce. Elle ne s'apprend pas vraiment, au sens où on apprend à lire le tarot ou à interpréter un thème astral. Elle se développe, se discipline, s'éduque, mais elle suppose au départ une capacité particulière que tout le monde n'a pas. C'est aussi, paradoxalement, la pratique la plus vulnérable. Parce qu'elle ne s'appuie sur aucun support traditionnel, aucune grille de lecture vérifiable, aucun protocole, elle est entièrement suspendue à la qualité de la personne. Une grande voyante est un trésor rare. Une mauvaise voyante, ou une charlatane qui se prétend voyante, fait des dégâts considérables.

La divination

La divination, c'est tout autre chose. Ce n'est pas un don, c'est une technique. La divination consiste à interroger un système de signes codifié, et à interpréter les réponses selon des règles précises, transmises par une tradition. Tirer les cartes du tarot. Jeter les baguettes du Yi King. Lire les runes nordiques. Pratiquer la géomancie. Établir un thème astral. Lire le marc de café selon les codes turcs ou les écailles de tortue selon la méthode chinoise.

Dans tous ces cas, le praticien n'a pas besoin d'être voyant au sens médiumnique du terme. Il a besoin de connaître le système, de maîtriser sa grammaire, de savoir interpréter les configurations qui se présentent. Une grande partie du travail repose sur la connaissance accumulée, la transmission, l'expérience. C'est un savoir, plus qu'un don. C'est pour cela qu'il s'enseigne. C'est pour cela qu'il existe des écoles, des livres, des formations, des lignées.

Cela ne veut pas dire que l'intuition n'y joue aucun rôle. Au contraire. Le bon tarologue, le bon astrologue, est celui qui a complètement intégré la technique et qui peut alors la dépasser, ressentir au-delà des règles, percevoir ce que les cartes essaient de dire au-delà de leur signification littérale. Mais cette intuition s'appuie sur un cadre. Elle est ancrée, structurée, vérifiable. Là où la voyance pure flotte dans le ressenti subjectif, la divination s'inscrit dans un système.

La médiumnité

La médiumnité, troisième mot, troisième pratique, est encore différente. Le médium ne voit pas. Il transmet. Il sert d'intermédiaire, comme son nom l'indique, entre les vivants et autre chose. Selon les traditions, ce peut être les défunts, les guides spirituels, les âmes errantes, les ancêtres, des entités diverses. La médiumnité ne porte pas sur l'avenir, ni sur des informations cachées du présent. Elle porte sur le contact avec ce qui se trouve, ou ce qui est censé se trouver, de l'autre côté.

C'est une pratique extrêmement ancienne, qu'on retrouve dans le chamanisme préhistorique, dans les cultes des ancêtres africains et asiatiques, dans le spiritisme européen du XIXe siècle. Elle a ses propres règles, ses propres dangers, ses propres protections. Elle ne se confond ni avec la voyance ni avec la divination, même si certaines personnes pratiquent les trois.

Ne pas distinguer ces trois choses, c'est passer à côté de la nature exacte de ce qu'on cherche. Si vous voulez savoir ce qui va se passer dans votre carrière, vous ne consultez pas un médium. Si vous voulez recevoir un message d'un proche disparu, vous ne consultez pas une tarologue. Si vous voulez explorer un blocage psychologique récurrent, vous n'avez probablement pas besoin d'une voyante. Chaque pratique a sa zone de pertinence. Les confondre, c'est se tromper de porte.

Les oracles

Reste un quatrième mot qui mérite une place à part, parce qu'il est en train de se déformer sous nos yeux dans le langage courant. L'oracle, au sens premier, n'est pas un jeu de cartes. C'est un lieu, ou une parole. L'oracle de Delphes, ce n'est pas un objet, c'est une institution. C'est un sanctuaire, une prêtresse, une parole prophétique rendue dans des conditions rituelles précises. L'oracle, dans toutes les civilisations antiques, est le sommet de la pratique divinatoire. C'est le moment où la parole humaine se met en suspens pour laisser passer quelque chose d'autre.

Aujourd'hui, par glissement progressif, le mot oracle désigne dans le langage courant un type particulier de jeu de cartes, sans structure imposée, dont chaque créateur invente sa propre symbolique. C'est devenu une catégorie commerciale autant qu'un outil divinatoire. Mais il faut garder en tête que ce glissement est récent. Dire qu'on tire un oracle aujourd'hui, c'est utiliser un mot ancien chargé de toute son histoire pour désigner une pratique nouvelle qui n'a parfois plus grand-chose à voir.

Pourquoi cette confusion compte

Voilà donc le paysage. Quatre mots, quatre pratiques, quatre logiques. La voyance qui reçoit. La divination qui interprète. La médiumnité qui transmet. L'oracle qui rend une parole sacrée. Quand vous consultez quelqu'un dans ce champ, il est utile de savoir laquelle de ces quatre pratiques cette personne exerce vraiment. Parce que les attentes ne sont pas les mêmes, les compétences ne sont pas les mêmes, et la nature de ce que vous allez recevoir ne sera pas la même.

La confusion entre ces mots n'est pas innocente. Elle arrange tout le monde. Elle arrange les charlatans qui peuvent se prétendre tout à la fois sans avoir à justifier de quoi que ce soit. Elle arrange les sceptiques qui peuvent tout disqualifier en bloc sans avoir à examiner les pratiques dans leur diversité. Elle arrange les médias qui peuvent traiter le sujet par caricature. Elle n'arrange que ceux qui cherchent à comprendre vraiment ce qu'ils font, ou ce qu'ils consultent. Et c'est précisément à eux que je m'adresse.


Pour aujourd'hui, arrêtons-nous là

Vous avez sous les yeux deux choses, et c'est déjà beaucoup.

La première, c'est l'ancienneté. La voyance, la divination, la médiumnité, les oracles, tout cela ne date pas d'hier. Pas du XIXe siècle. Pas du Moyen Âge. Pas même de l'Antiquité grecque. Cela remonte aux tout premiers humains capables de penser symboliquement, et cela n'a jamais cessé. Pendant que les civilisations changeaient, pendant que les religions se succédaient, pendant que les sciences naissaient et se transformaient, cette pratique-là, sous des formes différentes, a continué. Tranquillement. Obstinément. Comme une nappe phréatique qui court sous tous les sols de l'humanité.

La deuxième chose, c'est que sous le mot voyance, le langage du quotidien range au moins quatre pratiques très différentes qu'il faut apprendre à distinguer. La voyance qui perçoit. La divination qui interprète. La médiumnité qui transmet. L'oracle qui rend une parole. Quatre logiques, quatre compétences, quatre métiers presque. Et tant qu'on ne fait pas ce tri, on ne peut ni consulter intelligemment, ni juger lucidement.

C'est déjà beaucoup pour un seul article. Je préfère m'arrêter là plutôt que de tasser le reste à la fin et de bâcler ce qui suit. Parce que ce qui suit mérite son propre temps.

Ce qu'on verra la semaine prochaine

La semaine prochaine, dans la deuxième partie de cet article, nous ferons le tour du monde. Pas un survol touristique, un vrai tour. La Pythie de Delphes et ses transes oraculaires. Les augures romains qui lisaient le vol des oiseaux avant chaque décision d'État. Les devins yoruba d'Afrique de l'Ouest, dont la tradition Ifa est aujourd'hui reconnue par l'UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Le Yi King chinois, ce livre des transformations vieux de trois mille ans que Carl Gustav Jung préfaçait encore au XXe siècle. Les chamanes sibériens. Les cartomanciennes tziganes des routes d'Europe centrale. Vous verrez à quel point les traditions diffèrent, et à quel point, en même temps, elles se ressemblent.

Puis, dans une troisième partie, nous aborderons le moment où tout aurait dû s'arrêter, et où rien ne s'est arrêté. Les Lumières, la science moderne, la rationalité triomphante du XVIIIe siècle. Comment la voyance a été reléguée au rang de superstition à éradiquer. Et comment, à peine cinquante ans plus tard, elle est revenue plus forte que jamais avec le spiritisme du XIXe siècle, Marie-Anne Lenormand, Allan Kardec, les tables tournantes des salons parisiens, les médiums consultés par les puissants.

Enfin, on regardera la situation aujourd'hui. La voyance en France au XXIe siècle. Ce qu'en disent les chiffres, qui sont surprenants. Le profil réel des consultants, qui n'est pas celui qu'on imagine. Et pourquoi cette pratique massive se vit dans un silence presque honteux, alors qu'elle traverse toutes les classes sociales, tous les niveaux d'éducation, toutes les générations.

Et on terminera, comme il se doit, par la seule question qui vaille vraiment la peine d'être posée. Pourquoi. Pourquoi est-ce que ça revient toujours. Qu'est-ce que ça dit de nous. Qu'est-ce que ça raconte d'humain.

Pour patienter d'ici là

Si cet article vous a parlé, le mieux que vous puissiez faire en attendant la suite, c'est d'observer. Autour de vous. En vous-même. La prochaine fois que vous croisez un horoscope dans un magazine, regardez si vous y jetez un œil. La prochaine fois que vous avez un choix difficile à faire, repérez si l'idée de demander un signe vous traverse l'esprit, même fugacement. La prochaine fois qu'un proche vous raconte une consultation, écoutez sans juger, ni dans un sens ni dans l'autre.

Vous verrez. Cette chose dont on parle si peu est partout. Dans la rue. Dans les conversations. Dans les têtes. Y compris dans les têtes les plus rationnelles, qui ont juste appris à n'en rien dire.

À la semaine prochaine.

— En attendant la suite

Une question vous suit
depuis trop longtemps ?

N'attendez pas l'épisode 2. Si quelque chose en vous a envie de bouger maintenant, parlons-en. Une consultation, c'est exactement fait pour ces moments.

Prendre RDV avec François