
Le Tarot, ou l'art de rendre son avenir possible
« L'essentiel avec l'avenir n'est pas de le prédire, mais de le rendre possible. » — Saint-Exupéry
Le tarot fait partie de mon être. Les arcanes sont incarnés en moi : je vis et je respire le tarot depuis une quinzaine d'années. La grande difficulté, quand on veut le transmettre, c'est de rendre simple et ludique quelque chose qui, au fond, est dense, complexe et profond. C'est tout l'enjeu de ce que je partage ici : vous prendre par la main, de votre tout premier jeu jusqu'à la signification de chaque lame.
Car au-delà d'apprendre le tarot, je veux vous aider à le comprendre. À passer, comme je l'écris souvent, « de la devination à la divination » : à peser le pour et le contre, à exercer votre libre arbitre, à devenir un individu responsable, capable de se déterminer. Si la phrase de Saint-Exupéry résonne en vous comme elle vibre en moi, alors — parole de tarologue — vous avez déjà fait la moitié du chemin. C'est cette vision que je développe dans mon livre Comment bien tirer le Tarot, et que je vous résume ici.
Comprendre plutôt que prédire
Le tarot ne croit pas en un destin tout tracé. Il replace l'humain, le libre arbitre et votre capacité à décider au centre du jeu. L'avenir, le plus souvent, n'est que la conséquence de vos actions au présent — le résultat des suites de ce que vous vivez aujourd'hui. Rien ne s'impose à vous : tout se décide. Quand une chose est impossible, le tarot saura vous le dire très clairement, parfois avec douceur, parfois avec une certaine violence ; mais il vous laissera toujours, au bout du compte, la liberté de dire oui ou non.
À quoi sert vraiment le tarot ?
J'aime comparer le tarot à un véhicule tout-terrain imaginaire : sur terre, sur mer, dans les airs — bien utilisé, il est capable de tout voir, tout faire, tout comprendre. Encore faut-il ne pas le réduire à un seul usage. Voici les quatre terrains sur lesquels il déploie vraiment sa puissance.
1. Dire l'avenir
C'est l'usage le plus connu… et le plus facile. Mais s'en servir uniquement pour faire de la voyance pure, ce serait lancer une Formule 1 sur une route embouteillée aux heures de pointe : un terrible gâchis. Avec la pratique, vous constaterez que « l'avenir » n'est, la plupart du temps, que la conséquence du présent. À vous, ensuite, de le comprendre.
2. Comprendre le présent
Avec l'entraînement, vous saurez « deviner » le présent d'une personne sans qu'elle vous ait rien dit : pourquoi elle est triste, pourquoi ce collègue se montre soudain si aimable, pourquoi un proche s'éloigne. Cette lecture du présent vous permet d'ajuster votre attitude — ou de conseiller quelqu'un — et c'est déjà commencer à fabriquer le futur.
3. Analyser un état d'esprit
C'est l'un des grands points forts du tarot : avec l'astrologie, il est l'une des seules mantiques capables de révéler l'état d'esprit d'une personne. Quand je fais un tirage sentimental, je regarde toujours d'abord l'état d'esprit des protagonistes : leurs sentiments, leurs intentions à l'instant T. Le reste — « l'avenir » — en découle naturellement.
4. Fabriquer le futur
C'est là toute la puissance du tarot : rendre votre futur possible. Bien employé, il vous guide dans la réalisation d'un projet, et plus largement dans votre accomplissement. Comment ? En vous signalant à l'avance les écueils : les personnes, les rivaux, les tracas administratifs, les facteurs extérieurs. À vous, ensuite, d'ajuster le cap.
Le « comment » plutôt que le « quand »
L'erreur de la plupart des débutants : privilégier le quand au comment. « Quand vais-je faire une belle rencontre ? » — et la réponse déçoit, parce que le tarot s'accommode mal de la passivité. Demandez-lui plutôt : « Comment puis-je faire une rencontre ? », et vous verrez la myriade de conseils que vos lames vont vous donner. Pareil au travail : à la place de « Quand aurai-je une promotion ? », interrogez le « comment » — solliciter une augmentation, vous rapprocher de telle personne, redéfinir vos objectifs, vous méfier d'un collègue.
Quand on m'interroge avec une question fermée du type « mon ex va-t-il revenir ? » et que la réponse est non, je retire aussitôt en « comment faire revenir mon ex ? ». À cet instant précis, je quitte le mode « voyance » pour passer en mode « conseil ». C'est, à mes yeux, la plus belle façon de se servir de cet oracle.
Bien choisir son jeu : une rencontre d'âmes
Avant même de tirer, posez-vous une question : « comment vais-je considérer mon tarot ? » Mon conseil : humanisez-le. Voyez-le comme un compagnon de route, un confident, un gardien de vos secrets. Choisir un jeu, c'est une rencontre d'âmes et de personnalités. Si vous êtes de nature douce et réservée, allez vers un jeu tendre, dont la sensibilité des images vous touche. Si vous êtes méthodique, privilégiez les jeux à la symbolique riche et complexe.
Il n'y a pas de mauvais jeu de tarot : il n'y a que des jeux qui vous correspondent, ou non. Votre meilleure amie vous vante un jeu « fabuleux » ? Ne vous laissez pas influencer : s'il ne vous « parle pas », tournez-vous spontanément vers ce que vous trouvez beau.
On a tous plusieurs amis : l'un nous écoute, l'autre nous fait rire, un autre nous bouscule. Pour le tarot, c'est pareil. N'hésitez pas à posséder et manipuler plusieurs jeux : avec la pratique, certains se révéleront plus justes sur tel thème ou telle question.
Un compagnon, pas un simple jeu
Si je vous invite à humaniser votre tarot, c'est pour une raison simple : on écoute rarement les conseils d'un inconnu, mais volontiers ceux d'un ami. Lorsqu'une réponse est négative, un jeu avec lequel vous avez tissé un lien saura vous l'annoncer avec franchise et tact — exactement comme un proche. D'où l'importance de respecter votre jeu, de le laisser se reposer, parfois de le bichonner.
Il arrive qu'un de mes jeux ne me « parle plus », ou donne des réponses floues. Je me dis qu'il « boude » : je le laisse tranquille et je le recharge. Je dispose près de lui quelques pierres à forte valeur pour moi — des galets que ma fille ramassait enfant, des malachites rapportées d'Afrique — et je profite de certaines lunaisons pour le câliner. Considérez le tarot comme un être vivant : vous en prendrez soin, et il vous sera bien plus facile de le comprendre.
Apprendre ou comprendre : le tarologue est un conteur
Deux philosophies s'affrontent. Faut-il apprendre par cœur la signification des lames et la réciter de façon mécanique ? Ou vaut-il mieux laisser la compréhension s'installer, pour restituer le tirage le plus juste ? Vous l'aurez deviné : je penche pour la seconde voie.
Quand j'ai un tirage devant moi, je le compare volontiers à une bande dessinée sans les bulles de dialogue. Mon travail ? Raconter une histoire : un début, une intrigue, une solution, une fin. Je connais évidemment mes cartes, mais je leur laisse le loisir de se disposer comme elles l'entendent. Un tarologue est avant tout un conteur.
Pour passer d'apprendre à comprendre, je pratique l'imprégnation : vivre la carte de l'intérieur. Face au Bateleur, imaginez-vous dans la foule qui regarde ce bonimenteur, et interrogez-vous — ai-je peur ? ai-je envie de l'aider ? puis-je lui faire confiance ? pourquoi a-t-il quatre bras ? Les réponses, intimes et changeantes, vous appartiennent. C'est cet exercice, plus que tout par-cœur, qui distingue un vrai tarologue d'un simple tireur de cartes.
Les arcanes majeurs : les 22 secrets
Le mot « arcane » vient du latin arcanum, « secret ». C'est amusant : les origines mêmes du tarot — de la Lombardie, où les premiers arcanes ont vu le jour, aux innombrables jeux d'aujourd'hui — restent largement mystérieuses. Les 22 arcanes majeurs sont les secrets majeurs du jeu. Dans un tirage, ce sont eux qui fixent le cap ; les mineurs, eux, vous aident à l'ajuster pendant le voyage.
Voici les 22 : du Bateleur, l'arcane du commencement, jusqu'au Monde — sans oublier le Fou, hors numérotation. Chacun fera l'objet d'une fiche détaillée, où je compare la lecture traditionnelle du Tarot de Marseille à ma propre vision, celle du Tarot Villeneuve.
Les fiches détaillées de chaque arcane sont publiées progressivement ; cette page les reliera au fur et à mesure.
Les arcanes mineurs : les condiments du tirage
Si l'on comparait le tarot à la cuisine, les arcanes majeurs seraient le plat, et les 56 arcanes mineurs les condiments et les accompagnements. On retient plus facilement l'agneau ou le poisson que la purée qui va avec… et pourtant : une viande non assaisonnée laisse un goût d'inachevé. Il est donc crucial de donner un rôle majeur aux arcanes mineurs.
Ils se répartissent en quatre suites — Bâtons, Épées, Deniers et Coupes — complétées par les cartes de Cour (Valet, Cavalier, Reine, Roi). Mon conseil : brassez toutes vos cartes ensemble, sans séparer majeurs et mineurs. Quand un majeur surgit au milieu d'un tirage constellé de mineurs, servez-vous-en comme point de repère pour articuler votre lecture : les mineurs sont là pour étayer l'analyse, pas pour la subir.
Comment tirer les cartes : les tirages essentiels
« La Règle sert de boussole, et la Loi de compas. » — Francis Bacon
Cette citation me suit toujours. On parle de lois pour les sciences : des préceptes exacts et immuables. Le tarot, lui, n'est pas une science : on ne peut pas l'enfermer dans un cadre rigide. Les tirages qui suivent sont des règles — des boussoles. À vous de suivre, ou non, le cap qu'elles indiquent. Pour la méthode pas à pas, je détaille chaque disposition dans Tirer les cartes.
Le brassage
Y a-t-il un formalisme pour mélanger ? Eh bien non. Touchez les cartes, imprégnez-vous d'elles en pensant à votre question — sans « timing », sans vous demander « main droite ou main gauche ? ». Mélangez comme vous le sentez, coupez, étalez, piochez. Le tout « sans penser » à autre chose qu'à votre question — c'est, paradoxalement, la vraie difficulté de l'exercice.
Le tirage à une carte
Une seule lame. Tirée le matin, elle donne la tendance de votre journée — non pas une prédiction, mais une énergie à incarner. Le Soleil annonce une belle journée propice aux initiatives ; le Diable vous invite à vous méfier de promesses trop belles. On peut aussi l'utiliser sur une question volontairement fermée (oui/non) en se fiant à l'alignement, positif ou négatif, de la carte. Si la lame est « neutre », c'est souvent que la réponse est plus complexe qu'un simple oui ou non : recommencez, ou passez au tirage en croix.
Le tirage en trois cartes
Extrêmement simple et idéal pour débuter : la première carte indique le passé, la deuxième le présent, la troisième le futur. Je le vois comme un entraînement parfait : une guidance claire qui vous évite de vous perdre en chemin.
Le tirage en croix
C'est le tirage le plus répandu ; la pratique m'a appris à le lire un peu différemment de la doctrine courante. Quatre cartes, plus une optionnelle : (1) l'état d'esprit de la personne concernée ; (2) la situation présente — qui sert aussi à vérifier la justesse du tirage ; (3) le futur proche, une « pré-réponse » ; (4) la réponse à votre question, à lire de façon globale ; (5) une carte optionnelle de synthèse — votre carte « Chance », qui rend souvent le tirage limpide.
Si une carte semble mal placée et rend l'histoire illogique, ne restez jamais enfermé dans la méthode : lisez-la autrement, dans un autre contexte. Votre talent de conteur fera le reste. Pensez « entonnoir » : partez du plus large — est-ce positif ou négatif ? — pour aller vers le plus précis.
Les grands tirages
Pour aller plus loin, le tirage en 7 cartes ajoute des lames de conseils à suivre et d'obstacles à éviter : c'est mon préféré quand je ne connais rien de la personne, car il offre une vision panoramique. Le tirage en roue, 12 cartes, est le plus complexe — un véritable Graal qui balaie la famille, le travail, les amis, les difficultés, jusqu'aux rêves les plus intimes. Il demande de la pratique, mais reste le plus précis de tous.
Questions fréquentes
Faut-il apprendre le tarot par cœur ?
Non. Connaître ses cartes est utile, mais l'essentiel est de les comprendre, pas de les réciter. L'exercice d'imprégnation — vivre chaque lame de l'intérieur — vous donnera une lecture bien plus fine et personnelle que n'importe quel apprentissage mécanique.
Peut-on tirer les cartes pour soi-même ?
Bien sûr. Toute la difficulté est de se regarder en face et de tirer avec objectivité, sans chercher à tout prix le détail positif dans un tirage qui peut s'avérer amer. C'est un excellent entraînement à la lucidité.
Le tarot peut-il dater un événement ?
C'est l'ennemi de toutes les mantiques. On peut donner un ordre d'idée — rapide ou lent — mais pas une date ferme : votre perception du temps n'est pas la mienne. Tout au plus peut-on associer les cartes froides à l'éloignement, les cartes chaudes à la proximité. À pratiquer avec prudence.
Vous accompagner, au-delà de la page
Le tarot n'a pas vocation à prédire un destin figé : il est là pour éclairer vos choix et vous rendre votre futur possible. Si vous souhaitez un regard extérieur sur une question qui vous tient à cœur, nos tarologues sont à votre écoute — dans le même esprit de conseil et de bienveillance que celui que je défends ici.